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Editorial

Honneurs et conscience

   Les honneurs de la semaine écoulée reviennent incontestablement à Sander Gille et Joran Vliegen qui ont remporté le Challenger de Brest, doté de 106 000 $ de prix. En finale, ils ont battu l’Indien Laender Paes (il compte huit titres du grand chelem en double messieurs !) associé pour la circonstance à Miguel Angel Reyes-Varela. Nos compatriotes n’ont pas fait pour autant un grand bond de la hiérarchie de la discipline – ils n’ont gagné que trois places –, mais classés respectivement ATP 84 et 92, les voici installés dans le top 100 et mûrs pour s’attaquer enfin aux quatre tournois majeurs.

   Toutefois cet événement tennistique a été éclipsé ces derniers jours par un problème délicat auquel Rafael Nadal et Novak Djokovic cherchent une solution : ils y a quelques mois, ils avaient donné leur accord pour jouer une exhibition, fin décembre en Arabie saoudite , et cela dans le but de préparer la prochaine saison australienne. Mais, depuis le 2 octobre dernier, la donne a changé. L’assassinat de Jamal Kashoggi au consulat saoudien d’Istanbul a ému les chancelleries et l’opinion. Internationale. Il a discrédité le prince Mohammed ben Salmane (dit MbS). Et Riyad se trouve bien plus embarrassé par cette affaire sur le terrain diplomatique qu’il ne l’est par le traitement odieux que réserve son armée au Yémen, à telle enseigne même que de nombreux gouvernements ont décidé de boycotter le « Davos » économique qu’il avait programmé.

   Se pose une fois de plus, dans la foulée, le problème de l’immixtion politique dans le sport. Nadal et Djokovic se tâtent à présent avant de prendre attitude. D’aucuns rappelleront que les Jeux Olympiques (Moscou en 1980 et Los Angeles en 1984) n’ont pas échappé aux mesures de boycott prises par la Maison Blanche et le Kremlin qui ont privé ainsi des athlètes d’une rare occasion d’obtenir la plus belle consécration qui soit. Dans de telles conditions, les deux meilleurs joueurs actuels du circuit, qui ne représenteraient jamais qu’eux-mêmes, seraient assurément bien inspirés de rester dessous leur tente au lieu de peaufiner leur préparation dans un pays si peu soucieux du respect des droits de l’homme, le cas de Kashoggi n’étant que l’arbre qui cache la forêt. Nadal et Djokovic se grandiraient en dénonçant leur contrat, surtout qu’ils proviennent de deux pays qui ont également connu la dictature. Que le premier lise Les grands cimetières sous la lune de Bernanos pour savoir ce qui se passait à Majorque pendant la guerre civile ; et que le second s’imprègne du Temps de la mort de Dobrica Cosic pour savoir, s’il l’ignore, ce que Tito imposa aux Yougoslaves avant que ceux-ci sombrent à leur tour dans la guerre civile.

Michel Nestor, le 29 octobre 2018

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