BATD, une structure exceptionnelle de formation et de promotion du tennis en Belgique - BATD, een uitzonderlijke structuur voor opleiding in en promotie van het tennis in België.

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Editorial

Un rappel à l’ordre

   Les championnats du monde d’athlétisme ont pris fin dimanche. L’image la plus impressionnante de la décade londonienne restera sans doute celle d’Usain Bolt, foudroyé alors qu’il s’élançait dans le dernier relais du 4 x 100. Elle a occulté la fin de la course et rappelé surtout à quel point l’athlète de haut niveau (quelle que soit sa discipline) reste tributaire de la mécanique fragile de son corps.

   Les joueurs de tennis sont (très) bien payés pour le savoir. L’an dernier, Roger Federer a longuement quitté le circuit pour soigner les blessures récurrentes qui l’empêchaient d’être lui-même et de conserver son rang, pour lequel (soit en passant) Alexandre Zverev n’a manifesté aucun égard, hier en finale à Toronto. Cette année, les successeurs du Suisse au sommet de la hiérarchie l’ont imité. Andy Murray, qui ne désespère pas de reprendre du service à l’US Open, est rentré dessous sa tente après son élimination en quart de finale à Wimbledon, victime d’une hanche récalcitrante. Novak Djokovic, réduit à l’abandon face à Berdych au même stade du tournoi, a décidé de mettre un terme à sa saison. S’ajoute à ces deux défections celle de Stan Wawrinka qu’un genou défaillant conduisit à sa perte prématurée sur un terrain de l’All England. Quant à Cilic, il n’a plus joué depuis sa finale perdue à Wimbledon où une cloque le handicapa ; et il a dû déclarer forfait à Toronto, comme à Cincinnati (où il était pourtant tenant du titre) suite à un probl ème aux adducteurs.

   Ironie du sort : Londres a servi de théâtre aux misères de ces champions d’exception ; mais il serait raisonnable de ne pas céder à d’inopportunes superstitions géographiques et de mettre plutôt l’accent sur le fait que ces messieurs ne sont plus de prime jeunesse. Tous sont parvenus à l’âge des trentenaires, qu’ils l’approchent ou l’aient déjà dépassé. Leur musculature commence à perdre la vitalité et la souplesse de la jeunesse. C’est donc à un rappel à l’ordre physiologique dont ils font l’objet : les voici déjà contraints de se mettre à l’écoute de leur corps…

Michel Nestor, 14 août 2017


Editorial

Un coup de force

   La Fédération internationale de tennis (ITF) a tenu le 4 août son Assemblée générale statutaire à Ho Chi Minh-ville (anciennement Saigon). A l’ordre du jour, le « Board » (conseil d’administration) présentait des modifications du règlement de la coupe Davis. Il préconisait de faire jouer les simples au meilleur de trois sets avec tie-break, y compris dans l’éventuelle dernière manche. Toutefois, le double se disputerait toujours le deuxième jour de la rencontre, au meilleur des cinq sets.

   Pour imposer cette réforme, qui présente toutes les apparences d’un sabotage d’une des plus belles compétitions sportives toutes disciplines confondues, il fallait rassembler deux tiers des voix lors du vote. L’affaire paraissait entendue, mais (ô divine surprise) la proposition n’a recueilli que 63,54 % des suffrages. La coupe Davis n’est pas sauvée pour autant car, dans le même temps, l’Assemblée générale s’est tiré une balle de pied en votant une résolution qui donnera dorénavant au « Board » l’autorité nécessaire pour modifier unilatéralement les règles organisationnelles de la coupe Davis et de la Fed Cup !

   En quelque sorte, ce qui vient de se passer au Vietnam n’est rien d’autre qu’une sorte de coup d’Etat qui assure aux personnes en poste à la tête de l’ITF la possibilité de faire, grosso modo, ce que bon leur semble sans avoir à se préoccuper de ce que pensent les responsables des Fédérations nationales qui ne seraient pas d’accord avec elles. Certes, les gens au pouvoir se préoccupent plus souvent de le conserver que de respecter des prescriptions démocratiques quand celles-ci les gênent dans leur action. Mais demander (et obtenir) pareil blanc-seing dépasse l’entendement. Comment comprendre, en effet, qu’une Assemblée générale accepte de se dessaisir de ses responsabilités ? Comment réagira-t-elle le jour où l’aréopage du « Board » décidera de réduire la coupe Davis en short-set et les tournois du grand chelem à la même dimension ?

   En outre, on peut se demander si le président de l’ITF, David Haggerty, n’aurait pas été bien inspiré de présenter sa démission et cela dans la mesure où le rejet d’une proposition radicale qu’il défendait trahit indirectement un manque de confiance à son égard. Il est vrai qu’en politique, les dignitaires s’effacent rarement avant de recevoir un coup de pied au derrière…

Michel Nestor, 7 août 2017


Editorial

Aucun péril

   Que convient-il de penser du retour à la compétition de David Goffin après quelques six semaines d’absence provoquées par la blessure dont il fut malheureusement victime à Roland-Garros ? A la mi-juillet, il a pris le chemin d’Umag (Croatie) où il a obtenu une « wild-card », en même temps que le poste de première tête de série dans un tableau dont il aurait probablement émergé au printemps. Mais il sua sang et eau au cours de son premier match ; puis, il disparut sans gloire face à Dodig, qui disposait de l’avantage non négligeable de jouer en ses terres où le chauvinisme n’est pas un vain mot.

   La semaine dernière, David a été prendre l’air en altitude – ce qui ne lui aura pas fait de tort. Mais à Gstaad, il n’a pas mieux réussi qu’à Umag. Après un premier tour « bye », il s’est tiré d’affaire miraculeusement dans son duel avec Albot, qui disposa de quatre balles de match dans le tie-break final, dont trois sur son service ! Puis, en quart de finale, il s’avoua vaincu dans un duel qui paraissait à sa portée, puisqu’il affrontait le Hollandais Haase. Faut-il pour autant se poser des questions après ce modeste bilan, à la veille d’une tournée américaine qui s’achèvera par l’US Open ?

   En fait, la situation ne semble pas aussi préoccupante qu’il y paraît. D’abord pour la bonne raison qu’en début de saison, Goffin avait éprouvé de singulières difficultés à se défaire d’Albot, à Sofia (6/2 6/7 6/3), où il avait joué la finale contre Dimitrov, et que Haase lui avait posé des problèmes à Doha (7/6 6/2) ainsi qu’à Rotterdam (5/7 6/4 6/4), où il avait également accédé à la finale. On peut donc comprendre qu’une reprise de la compétition contre des adversaires aussi coriaces ne constituait pas une sinécure.

   Ensuite, il faut noter qu’il n’existe aucun péril en la demeure. Jusqu’au début du mois d’octobre, David n’aura que peu de points à défendre. L’an dernier, à Toronto, il fut battu au troisième tour par Monfils ; à Cincinnati, Tomic l’élimina au deuxième tour ; et, surtout, à l’US Open, le Liégeois connut une singulière déconvenue en se faisant battre d’entrée en quatre sets par Donaldson. En fait, il suffirait qu’il retrouve confiance au mois de septembre, à New York, pour redevenir lui-même et, partant, l’interlocuteur redoutable des meilleurs joueurs du circuit.

Michel Nestor, 31 juillet 2017


Editorial 

La roue tourne 

   Deux malchanceux des derniers mois refont surface. Après avoir traîné des blessures, sans prendre le temps de bien se soigner, Ruben Bemelmans a retrouvé des couleurs depuis le début de l’année. Il a gagné le challenger de Coblence en janvier dernier, marqué un point essentiel avec l’aide de De Loore quelques jours plus tard en coupe Davis contre l’équipe allemande, est arrivé en finale du 75 000$ de Drumondville au mois de mars et a, surtout, frappé un grand coup à Wimbledon où, issu de trois tours de qualifications, il a atteint le troisième tour du tableau principal. Et voici que, pour la première fois sur terre battue, il vient de jouer la finale du challenger de Scheveningen doté de 64 000 € de prix. Ce 24 juillet, il remonte par conséquent à la 93ème place ATP, non loin de son meilleur classement (84ème en septembre 2015) alors que, tombé 299ème il y a un an, il avait dû se refaire une santé dans les « Futures » ! Son retour aura été patient et il serait évidemment bien inspiré de prendre encore quelques points dans les prochaines semaines pour se mettre à l’abri en automne quand il perdra ceux d’une tournée américaine rémunératrice dans cinq challengers.

   L’autre retour en force est signé par Ysaline Bonaventure. Victime d’une fracture au poignet en octobre 2016, elle n’a repris du service qu’en avril dernier à Antalya, au plus bas de l’échelle. Après une défaite au premier tour, elle a remporté le tournoi suivant – ce qui l’a déterminée à jouer six 25 000 $, sans faire mieux qu’une demi-finale à Ystad. Mais la semaine dernière, elle s’est aventurée dans un 100 000 $ au Kazakhstan. Elle y a fait une jolie moisson : en se frayant un chemin jusqu’en finale, elle a fait un bond de 117 places dans la hiérarchie de la WTA où la voici revenue au 279ème échelon – ce qui reste, malgré tout, assez loin de celui qu’elle occupait avant sa blessure.

   Pendant ce temps, puisque la roue tourne pour tout le monde, comment ne pas mentionner que Yanina Wickmayer, encore première joueuse belge au début de l’année, n’est plus que cinquième à présent. Expulsée du top 100, elle sera pratiquement condamnée à passer (comme il y a bien longtemps) par les qualifications si elle désire jouer l’US Open. Pour sa part, An-Sofie Mestach poursuit sa dégringolade. La voici cette semaine à la… 294ème place WTA. Comme quoi, gagner un grand chelem en juniors ne constitue pas une garantie pour l’avenir, ce dont Kimmer Coppejans fait à son tour la triste constatation. Considéré un temps comme le grand espoir du tennis belge, il chute cette semaine de 81 places : il occupe à présent le 271ème rang ATP. 

Michel Nestor, 24 juillet 2017


Editorial

Nil novi…

   Parole de l’Ecclésiaste : “Nil novi sub sole” (il n’y a rien de nouveau sous le soleil). Cette sentence biblique s’applique pour ainsi dire à toutes choses en ce bas monde, y compris au tennis. De la même manière que Rafael Nadal règne sur Roland-Garros, Roger Federer n’a plus de rival à Wimbledon. Leur empreinte sur ces deux tournois y serait définitive, si tant est que quoi que ce soit puisse être définitif.

   Rien ne sert d’établir un bilan comptable de la carrière de ces deux joueurs d’exception, même si celui du Suisse mérite sans doute la meilleure attention puisque ce junior-vétéran de 36 ans détient le record absolu de victoires en grand chelem (19 titres !). Mais on peut se demander si cet immense champion en est satisfait et se sent repu. Cela paraît improbable, bien qu’il n’ait plus beaucoup d’objectifs à atteindre ni de réels défis à relever. Sans doute, doit-il rêver parfois d’une médaille d’or en simple aux Jeux Olympiques. Peut-être songe-t-il aussi à battre le record de longévité établi par l’Australien Ken Rosewall (8 titres en simple et 9 en double dans les tournois du grand chelem, alors que de 1957 à 1967, quand il dominait le tennis professionnel, il lui fit interdit d’en récolter davantage) qui s’imposa en 1953 et, au début de l’ère Open, en 1968…

   Pour le reste, on retiendra plutôt que ce nouveau coup de force de Roger Federer démontre que l’ère du « Big Four » n’est pas sur le point de s’achever d’autant moins que Djokovic et Murray n’ont certainement pas dit leur dernier mot sur la scène du tennis. Tout porte à croire d’ailleurs que le Serbe et l’Ecossais imiteront, après leur désillusion londonienne, leurs deux prestigieux aînés qui, tel Achille aux pieds légers, ont su se retirer dessous leur tente au moment où ils eurent besoin de retrouver un équilibre quelque peu perdu et de restaurer leurs forces avant de reprendre le combat avec l’efficacité que l’on sait.

Michel Nestor, 17 juillet 2017


Editorial

L’homme à tout faire

   Alfonso Gonzalez, on le sait, est le directeur technique du BATD. Mais, aujourd’hui, tout le monde a compris qu’il est bien plus que cela. Non point dans la mesure où il se double d’un jardinier efficace quand, entre deux simples du 15 000 $ organisés à Odrimont, il arrose les courts assoiffés par une sécheresse de plusieurs semaines. Non pas davantage parce qu’il assure volontiers le service de chauffeur des navettes mises à la disposition des joueurs inscrits dans le tournoi dont il est, en outre, le directeur. Mais pour l’excellente raison qu’il travaille à renouer avec une tradition ancienne de l’entreprise dont il détient la responsabilité sportive.

   Lorsque Jean-Pierre de Bodt, après avoir quitté la présidence de la Fédération de tennis qui venait de se scinder en deux ailes linguistiques, créa le BATD, il fit le nécessaire pour donner à cette structure un département réservé aux élites. Il recruta des entraîneurs de haut niveau (Julien Hoferlin, Thierry Van Cleemput, etc.) pour permettre le développement de la plupart des meilleurs joueurs gravitant sur le circuit professionnel (les frères Rochus, Kristof Vliegen, Dominique Monami, Kirsten Flipkens, Yanina Wickmayer, entre autres). Mais il y a quelques années, une restructuration du BATD entraîna l’abandon de cette politique, jusqu’au jour où Alfonso Gonzalez fut invité à lui redonner vie.

   Rome ne s’est pas faite en un jour. Alfonso a jugé nécessaire, en accord avec sa direction, de revenir à des fondations solides. Depuis qu’il a relevé le défi qui lui était proposé, il s’est attaché à former le mieux possible les enfants inscrits dans les écoles du BATD. L’an dernier, il a pris les dispositions nécessaires pour leur permettre de se mesurer avec les meilleurs éléments des Fédérations étrangères, en organisant des compétitions reconnues par l’ITF dans les diverses catégories d’âge. Et, cette année, il ne cache pas son bonheur que des moyens lui aient été alloués pour que « ses » protégés puissent faire leurs premières armes dans un 15 000 $ - comme à l’époque où un circuit satellite voulu par Jean-Pierre de Bodt permit à Bernard Boileau de récolter les points ATP qui devaient lui donner accès aux tournois les plus huppés. La boucle se referme ainsi…

Michel Nestor, le 10 juillet 2017


Editorial

La bouteille à l’encre

   A la veille de Roland-Garros, les jeux paraissaient déjà faits. Nadal en était le grand favori et (faut-il le rappeler ?) il n’y eut personne pour contester son écrasante supériorité. Aujourd’hui que démarre la quinzaine de Wimbledon, on ne saurait nourrir les mêmes certitudes quant à l’issue des débats. Sans doute, beaucoup seraient fort heureux de voir Roger Federer inscrire un huitième titre à son actif ; mais cela n’ira pas sans peine car la concurrence sera forte, à commencer par celle de son vieil ami et rival de Majorque. En plus, du train où vont les choses, on serait presque tenté de croire à la réanimation de l’ancien « Big Four » car Murray et Djokovic (qui vient de faire appel aux services du brooker Mario Ancic pour le seconder) ne sont pas du genre à capituler en rase campagne, comme ils y ont été contraints au cours de ces dernières semaines. Bref, c’est un peu la bouteille à l’encre…

   Côté belge, en l’absence de Goffin (encore treizième au classement mondial…) la situation ne s’annonce pas des plus brillantes. On voit mal qui, parmi ses compatriotes, pourrait assurer sa présence en deuxième semaine sur les courts de Church road. Certes, on ne saurait jurer de rien ; mais, plutôt que de tirer des plans sur la comète, on mettra l’accent sur le fait que Ruben Bemelmans s’est qualifié pour tableau final. C’est la cinquième fois qu’il y parvient ; et il a du mérite. Bien sûr, son jeu s’accommode parfaitement de l’herbe, mais il n’avait plus gagné qu’un seul match depuis la mi-mai. Comme préparation, ce n’était évidemment pas l’idéal.

   Joris De Loore a manqué de peu, pour sa part, de rejoindre son partenaire de double dans la cour des grands. Il a échoué au port en se faisant éliminer 7/5 au cinquième set par un jeune Grec (18 ans), répondant au patronyme de Tsitsipas. Comment ne pas le regretter ? Mais après cette campagne londonienne, il peut espérer que les semaines (ou les mois) à venir lui permettront d’effectuer le grand bond en avant que ses aptitudes techniques et physiques suggèrent.

   Enfin, Alison Van Uyvanck refait surface après sa blessure à la cheville qui l’a handicapée très longtemps. Depuis une semaine, la voici enfin revenue dans le top 100 (WTA 98). Ses trois tours des qualifications, comme sa finale à Ilkley huit jours plus tôt, l’ont remise en selle. On veut croire que ce sera pour longtemps.

Michel Nestor, le 3 juillet 2017


Editorial

L’été belge

 Alors que débutent les qualifications pour le tableau principal de Wimbledon, la Belgique a lancé sa saison des tournois internationaux avec le « Future » de Havré (15 000 $) qui a pu inscrire à son palmarès un joueur appelé, selon tout probabilité, à faire parler de lui au cours des prochaines années : le Serbe Miomir Kecmanovic, qui fêtera ses dix-huit ans à la fin du mois d’août et qui, en attendant, est solidement installé au sommet de la hiérarchie mondiale des juniors. Mais revenons à nos moutons… Pendant un peu plus de deux mois, nos compatriotes, qui rêvent de suivre le même parcours que Goffin ou Darcis sur le circuit professionnel, pourront se faire les dents au pays et savoir s’ils sont de taille à tenter leur chance extra muros.

   Côté féminin, les mêmes grands travaux de l’été débutent ce lundi à Den Haan. On y verra  à l’œuvre notamment Margaux Bovy (elle vient d’aligner deux demi-finale, l’une à Hammamet et l’autre à Minsk), Deborah Kerfs (elle ne s’est montrée sous son meilleur jour, jusqu’à présent, que sur les courts de Tunisie), Elissa Van Langendonck (demi-finaliste la semaine dernière à Alkmaar), et Magali Kempen, qui n’a pas tiré grand profit de ses expéditions régulières au Caire ou à Sharm el Sheikh, mais vient d’accéder à la finale de Kaltenkirchen. Pour sa part, Alison Van Uytvanck a joué également une finale, dimanche, mais à un autre niveau, à Ilkley (100 000 $ de prix) ; elle s’est inclinée devant la Slovaque Magdalena Rybarikova qui s’est souvenue d’avoir atteint il y a quatre ans le 31ème échelon du classement WTA.

   Reste à souhaiter à nos jeunes joueurs, débarrassés du calvaire des examens, de profiter de l’été pour passer de classe également sur les terrains de tennis. Et puisque l’on formule ce vœu, exprimons-en un autre, inspiré par le dépit d’un adolescent qui jouant une finale d’interclubs dans un catégorie d’âge, regrettait que son simple « comptât pour du beurre » dans la mesure où le troisième simple, dès lors que les deux premiers sont partagés, ne saurait influencer le résultat final puisque la victoire dans le double sera de toute façon déterminante. La commission d’interclubs devrait se pencher sur la question pour éviter des frustrations inutiles…

Michel Nestor, le 26 juin 2017


Editorial

Une question de choix

   La courte saison sur herbe a débuté et force est de remarquer que les vedettes du circuit ont jugé bon de prendre une semaine de repos. Murray, Wawrinka, Nadal et Djokovic ont choisi de s’économiser (il faut souligner que ces deux derniers ont décidé de ne pas reprendre du service cette semaine), à la différence de Roger Federer qui, après avoir fait l’impasse sur Roland-Garros et les autres tournois de terre battue, a chuté d’entrée à Stuttgart, victime des œuvres du vétéran allemand Haas, ancien numéro deux mondial. Mais, de cet échec du Suisse, on aurait tort de tirer la moindre conclusion…

   En l’absence forcée de David Goffin, nos compatriotes ont réussi, de leur côté, à se faire oublier sur tous les fronts, au cours des derniers jours. Darcis est tombé au premier tour à s’Hertogenbosch, battu par le fantasque Ukrainien Dolgopolov. Bemelmans n’a pas fait mieux à Stuttgart : il n’est même pas sorti du tableau des qualifications – non plus d’ailleurs qu’à Halle où les affaires sérieuses commencent ce lundi. Quant à nos demoiselles, mieux vaut ne pas en parler : leurs prestations furent globalement décevantes. Bref, la quinzaine de Wimbledon ne se présente pas sous les meilleurs auspices.

   Les choses s’annoncent d’autant plus compliquées pour nos compatriotes qu’ils ne font pas grand-chose pour s’y préparer. Certes, cette semaine, ceux qui devront passer par des qualifications pour obtenir un droit d’entrée à Church road, joueront en tournoi, mais sur… terre battue. D’une certaine manière, ce comportement équivaut à rendre les armes avant même d’engager le combat. Que va faire Arthur De Greef à Todi en Italie (43 000 € de prix), cette semaine, alors qu’il pouvait être tête de série au Challenger d’Ilkley (127 000$) ? Chercher quelques points ATP à bon compte, se justifiera-t-il. Mais quand un joueur se trouve au seuil du top 100, ne fait-il pas aveu d’un manque d’ambition s’il préfère participer à une compétition sur surface lente au lieu de mettre tous les atouts dans son jeu dans l’espoir de participer au plus prestigieux des tournois du grand chelem ? Quant à Coppejans, il fera le voyage de Blois pour participer à un autre Challenger, doté également de 43 000 € de prix. L’Ostendais aurait-il perdu la foi en ses moyens dont on pouvait croire frécemment encore qu’ils étaient considérables ?

Michel Nestor, le 19 juin 2017


Editorial

Rajeunissement des cadres

   Après le millésime 2017 de Roland-Garros, l’expression “rajeunissement des cadres” qui sert de titre à cet éditorial n’a pas le sens qu’on lui prête d’ordinaire. En réalité, ce sont les anciens – les grands champions des quinze dernière années – qui rajeunissent ! Les joueurs du fameux « big four » continuent à exercer une domination qui aurait été sans partage si Stan Wawrinka n’avait fait le nécessaire pour obtenir voix au chapitre.

   Aujourd’hui, ces messieurs ont tous plus de trente ans ! Elle est finie l’époque où un Becker et un Chang se permettaient de gagner un tournoi du grand chelem avant (et bien avant) leur majorité. Ce sont les « vieux », si l’on ose dire, qui tiennent le pouvoir et ne sont guère prêts à l’abandonner. En janvier dernier, Federer s’était imposé en finale de Melbourne contre… Nadal. Après six mois d’absence et rétabli de ses ennuis dorsaux, il était revenu sur le circuit plus fort que jamais : il servait comme à ses plus beaux moments et disposait enfin d’un revers à la hauteur de son talent.

   A Paris, c’est Nadal qui a imposé ses quatre volontés. Il n’a pas laissé un set en cours de route et n’a guère daigné passer par un seul tie-break au cours de la quinzaine. Mais contre un gaillard aussi solide que Wawrinka, qui avait épuisé Murray en une demi-finale qui restera le grand moment du tournoi, comment aurait-il pu se montrer aussi intraitable sans avoir fait encore d’énormes progrès. Depuis que Carlos Moya (ancien numéro un mondial éphémère) est entré dans son staff, l’homme de la « decima » a fait de son revers un coup aussi dévastateur que son coup droit. On oserait presque dire que, sur sa droite, l’Espagnol n’en est plus à se défendre comme il le faisait par le passé. Tout au contraire, il se sert de cette arme nouvelle pour attaquer. Au point même de devenir injouable sur terre battue. Voire les autres surfaces… Wimbledon a toutes les chances d’en devenir plus intéressant encore le mois prochain.

Michel Nestor, le 12 juin 2017


Editorial

Le coup d’arrêt

   Quelle tristesse ! Quand on a constaté que David Goffin ne pouvait se relever seul, après s’être pris les pieds dans la bâche destinée à recouvrir le terrain pour le préserver des fortes pluies, on a dû se rendre à l’évidence qu’un coup d’arrêt venait d’être porté à sa progression régulière des trois dernières années. Certes, il n’a plus rien à prouver aujourd’hui et qu’importe qu’il soit cinquième ou quinzième dans la hiérarchie mondiale ! Mais on ne peut que regretter avec lui que le patient travail qu’il effectue avec son coach Thierry Van Cleemput et son staff soit aussi brutalement interrompu.

   En attendant le diagnostic définitif des médecins, qui détermineront la durée d’indisponibilité de David, on ose avancer l’idée que connaissant l’homme, il pourrait revenir sur le circuit plus fort qu’il ne l’a quitté provisoirement. Il aura tout le temps de s’inspirer de l’exemple donné par plusieurs joueurs de très haut niveau qui ont connu des misères plus ou moins comparables. On pense en tout premier lieu à Rafael Nadal qui, après avoir tout gagné ou presque, s’est remis vaille que vaille de longues périodes d’inactivité imposées par des genoux récalcitrants. Et que dire de Roger Federer, absent de la scène pendant six mois l’an dernier (en raison de douleurs dorsales récurrentes) et qui, pour sa rentrée en janvier dernier, s’est offert une victoire supplémentaire en grand chelem ? Ces deux champions d’exception, qui pouvaient fort bien estimer qu’ils n’avaient plus aucun objectif sérieux à atteindre, auraient pu se retirer dessous leur tente. Mais ils ont préféré, pour notre plus grand plaisir et le leur, reprendre du service…

   C’est assez dire que pour David, il n’y a guère péril en la demeure jusqu’à nouvel ordre. Quand il sera en état de rejouer, il se sentira sans nul doute affamé. Et sachant qu’il possède toutes les qualités techniques nécessaires pour retrouver son rang, il mettra tout en œuvre, sans aucun doute, pour compléter un palmarès qu’il est sans doute le premier à juger insatisfaisant. Pierre Geelhand, un ancien Président fédéral et vice-président de la Fédération internationale, affirmait que les joueurs européens arrivent à leur meilleur niveau entre 27 et 30 ans. Cette vérité reste d’actualité : Goffin, espérons-le, en fournira bientôt une nouvelle preuve.

Michel Nestor, le 5 juin 2017


Editorial

Une agréable surprise

   La saison sur terre battue touche à sa fin. Dans moins de quinze jours, avec la finale de Roland-Garros, on saura si Rafael Nadal aura réussi l’exploit exceptionnel de remporter pour la dixième fois un tournoi au cours duquel ses adversaires les plus redoutables ont été réduits au rôle de figurants, même si Federer, Wawrinka et Djokovic ont pu, à tour de rôle, usurper le pouvoir de l’Espagnol.

   En attendant le dénouement d’un scénario dont les premières images ont déjà été tournées dimanche dernier, on se doit d’établir un rapide bilan de la semaine des qualifications. Celles-ci ont valu au tennis belge une agréable surprise, deux grosses déceptions et un grand… chagrin. Pour le reste, il faut admettre que l’on n’attendait pas grand-chose de Yannick Reuter, rarement à son avantage depuis le début de l’année, que l’on craignait pour Joris De Loore, mieux taillé pour les doubles de coupe Davis que pour les simples sur le circuit professionnel, et que l’on pouvait voir Alison Van Uytvanck se tirer d’affaire comme le fit à la faveur d’un tirage au sort où sa supériorité hiérarchique paraissait incontestable.

   L’agréable surprise, on la doit à Arthur De Greef. Il a passé trois tours pour rejoindre Darcis et Goffin dans le tableau final. C’est la première fois qu’il y accède, mais ce ne fut pas sans mal : au deuxième tour, il dut d’ailleurs sauver une balle de match avant d’écarter l’Argentin Maximo Gonzalez. Il s’agit, en tout cas, d’une belle récompense pour ce jeune Ucclois, longtemps fantasque, mais parvenu aujourd’hui aux portes du top 100.

   Les deux déceptions sont à mettre au passif de Bemelmans et de Coppejans. Le premier n’a pu se défaire d’un autre Argentin, Marco Trungeletti (ATP 162), qui va nettement améliorer ses positions puisqu’il s’est non seulement qualifié in fine, mais a passé le premier tour dans le tableau final. Quant au second, il traîne son inefficacité à laquelle semble l’avoir condamné une triste défaite face à Cilic, l’an dernier, en coupe Davis.

   Reste le chagrin, celui de Marina Zanevska, éliminée sur le seuil du tableau principal (§après trois tie-breaks) par la Croate Petra Martic, pourtant moins bien classée, mais plus expérimentée. Espérons pour notre nouvelle compatriote que ses larmes sécheront rapidement…

Michel Nestor, le 29 mai 2017


Editorial

Un exemple

   Maria Sharapova est revenue sur le circuit international après avoir purgé quinze mois de suspension pour dopage. Elle a sollicité une wild-card pour participer au tournoi de Roland-Garros, mais les organisateurs du tournoi ont jugé inopportun de la lui accorder. On ne  saurait leur donner tort car le cas de la joueuse russe n’est pas de ceux qui inspirent la pitié. Sans doute, comme argumenteront ses fans, elle a purgé sa peine et, dès lors, il ne se justifie pas de lui en imposer une supplémentaire, comme à l’époque soviétique quand le pouvoir alourdissait sans raison les condamnations infligées aux dissidents sur le point de quitter la prison après avoir payé leur « dette à la société ».

   Qu’il nous soit permis cependant d’ajouter qu’il serait peu séant d’ostraciser une fois pour toutes Maria Sharapova parce qu’elle s’est méconduite. Elle n’a pas été radiée et la voir revenir sur les courts n’a strictement rien d’illogique. En revanche, il serait fondamentalement anormal de lui accorder des privilèges incompatibles avec sa tricherie et c’eût été un mauvais signal adressé au monde du tennis de l’inviter à Paris et de la blanchir ainsi de manière indirecte, comme cela se pratique avec de l’argent sale.

   Selon toute apparence, Mlle Sharapova a bien compris la leçon puisqu’elle n’a rien demandé aux organisateurs de Wimbledon, redoutant par avance la réponse qu’elle en obtiendrait. Après trois tournois disputés depuis sa levée de suspension, elle figure déjà en ordre utile dans le classement de la WTA pour jouer les qualifications. Elle passera doncpar ce purgatoire. Malheur à celles que le tirage au sort placera dans son tableau…

Michel Nestor, le 20 mai 2017


Editorial

Querelle des anciens et des modernes

   Lorsque Novak Djokovic partit à la conquête de la première place dans la hiérarchie mondiale et s’y installa, les commentateurs décrétèrent, non sans raisons, que le temps du « Big four » était achevé. Federer et Nadal commençaient à rentrer dans le rang et il n’y avait plus qu’Andy Murray pour inquiéter le Serbe, à l’occasion. Mais, depuis le début de cette année, il faut bien admettre que le décor a totalement changé. Les deux cadets vieillissants de la « bande des quatre » balbutient leur tennis et se font battre aujourd’hui, y compris dans les gros tournois, par des joueurs qu’ils exécutaient en temps normal. Et, ironie du sort, ils sont à présent contraints d’abandonner le haut du pavé à leurs prestigieux aînés. Si l’on excepte sa curieuse défaite des œuvres d’Evgueny Donskoy (ATP 116 !) à Dubaï, le Suisse a tout gagné, se jouant au passage à deux reprises de son ennemi intime, Rafael Nadal (à Melbourne et à Miami). Quant au citoyen de Manacor, il ne doit confesser qu’une seule défaite supplémentaire ; elle lui fut infligée par Raonic, lors du premier tournoi de 2017, à Brisbane.

   Ce retour des anciens est également marqué par la restauration remarquable de l’autorité exercée par Nadal sur la terre battue. Sur cette surface, il a remporté son troisième tournoi de rang à Madrid, après d’être imposé à Monte-Carlo et à Barcelone. Autant dire qu’il retrouve son statut de grandissime favori à Roland-Garros où, en toute logique, il ne devrait pas y avoir grand monde pour l’inquiéter, d’autant moins que la deuxième levée du grand chelem se joue évidemment sur la longue distance des cinq sets. Tout porte à croire, en outre, que Federer s’abstiendra de faire le détour par Paris, avant de brouter son herbe chérie ; et l’on voit mal Djokovic et Murray retrouver, du jour au lendemain, toute la verve qui leur fait défaut depuis janvier.

   Reste Wawrinka. Il aura peut-être son mot à dire ; mais on veut penser que Goffin et Thiem pourraient jouer un rôle de trouble-fête à la porte d’Auteuil. L’Autrichien a eu la bonne fortune, ces dernières semaines, de rencontrer Nadal à deux reprises en finale (Barcelone et Madrid) tandis que notre compatriote dut l’affronter lui aussi deux fois plus tôt en raison d’un tirage au sort moins bienveillant, en demi à Monte-Carlo et en quart à Madrid. Chaque fois, cependant, il lui mena la vie très dure ; et, à plus ou moins brève échéance, il pourrait donc l’embarquer dans un coupe-gorge, comme sur la Côte d’Azur quand il le poussa dans les cordes jusqu’au moment où une grossière faute d’arbitrage lui coupa hélas bras et jambes.

Michel Nestor, le 15 mai 2017


Editorial

Statut précaire

   Sa défaite à Monte-Carlo, face à David Goffin, aura-t-elle été la fameuse goutte qui fait déborder le vase ? On l’ignore. Mais le fait est que Novak Djokovic a décidé de se séparer de son équipe qu’il avait pourtant remerciée lors de chacune de ses plus grandes victoires : Marian Vajda, son préparateur physique et son kiné ont d’ores et déjà quitté le navire. Vendredi l’annonce en été faite par le numéro deux mondial qui veut « atteindre de nouveaux objectifs » – on se demande bien lesquels puisque, en dehors d’une médaille d’or olympique, le Serbe a tout gagné.

   A l’heure actuelle, personne ne sait qui prendra la succession de Vajda et de Becker, avec lequel la rupture date de décembre dernier. Djokovic a précisé qu’il voyagerait seul au cours des prochaines semaines, le temps de choisir tranquillement son futur entraîneur, « quelqu’un qui a connu des expériences similaires aux miennes », a-t-il ajouté. Le choix est évidemment très limité car, depuis une décennie, la mise a été régulièrement raflée par un petit nombre de champions toujours en exercice. Le marché semble des plus restreints : idéalement, il faudrait que l’heureux élu ait été numéro un mondial et qu’il ait raflé quelques tournois du grand chelem. Ce profil ne court pas les rues et rien ne dit que les candidats se presseront au portillon. Les anciens qui pourraient convenir ont répondu, pour la plupart, à d’autres sollicitations, en devenant notamment des consultants pour des chaînes télévisées. Certes, on peut avancer des noms, comme celui de Wilander au premier chef, compte tenu d’une philosophie de jeu plus ou moins partagée. Mais, a contrario, qu’irait faire dans cette galère un Stefan Edberg, qui a fait progresser sans conteste Federer le temps de leur collaboration, mais qui n’a pas vocation à transformer le jeu de Djokovic.

   On attendra donc d’en savoir davantage, comme il faudra prendre patience avant de connaître le nom du futur Premier ministre français. La seule chose que l’on puisse dire, pour en revenir au tennis, tient au fait que le statut d’entraîneur devient plus précaire que jamais. Comme au football…

Michel Nestor, le 8  mai 2017


Editorial

Un gage d'avenir

   Point de doute à entretenir ! Élise Mertens n'est pas seulement la meilleure joueuse belge du moment si l'on se fie aux données numériques du classement de la WTA, elle peut également prétendre à cette dignité sur le terrain. Au lendemain de sa victoire au tournoi d'Hobart, en janvier dernier, on pouvait encore afficher une certaine circonspection à ce sujet. Entrée dans le top 100, ipso facto, elle n'avait plus remporté, en effet, qu'une seule victoire sur le circuit WTA jusqu'à sa récente sortie (couronnée de succès) en FedCup et, surtout, elle avait essuyé une défaite inattendue en qualifications, àMiami, contre Alison Van Uytvank, une concurrente directe en notre plat pays. Mais à présent, toute hésitation est à proscrire...   

   De fait, la semaine dernière, au lendemain de sa campagne victorieuse à Moscou, elle a réussi le tour de force d'atteindre la finale du tournoi d'Istanbul où elle ne fit pas quartiers avant d'en découdre avec la quinzième joueuse mondiale, l'Ukrainienne Svitolina. Autant dire que son brillants parcours va lui valoir une progression de choix dans la hiérarchie de ces dames et donner à la Belgique une chef de file dont elle commençait à ressentir le besoin au moment où l'étoile de Kirsten Flipkens et celle de Yanina Wickmayer commence à pâlir.

   La réussite d'Elise Mertens pourrait avoir par surcroît un effet d'entraînement. Dans cette perspective, comment ne mettrait-on pas l'accent sur la victoire d'Ysaline Bonaventure à Antalya, dans un 15 000 $ ? La semaine dernière, pour son retour à la compétition, après une longue absence provoquée par une blessure au poignet, elle bredouillait encore son tennis. À présent, elle semble avoir retrouvé tous ses moyens. Ne reste plus qu'à attendre qu'Alison Van Uyvanck l'imite et que Maryna Zanevska poursuive sa progression pour se savoir prêt à refaire bonne figure dans le groupe mondial de la FedCup.

Michel Nestor, le 2 mai 2017


Editorial

Deux événements

   L'événement de la semaine écoulée reste sans conteste l'éblouissante campagne menée par David Goffin en ses terres d'adoption. Sa victoire contre Novak Djokovic, son plus haut fait d'armes jusqu'à ce jour, lui vaudra plus qu'un capital de confiance momentané : la certitude incontestable qu'il est à présent de taille à neutraliser les meilleurs joueurs du monde. Il a d'ailleurs fallu, en demi-finale de Monte-Carlo, une incroyable faute d'arbitrage (elle a fait regretter une fois de plus l'absence de recours au hawk-eye sur terre battue) pour tirer d’embarras Nadal rarement bousculé comme il le fut samedi dernier sur cette surface.

   On ne s'appesantira pas sur cette lamentables bévue de l'arbitre de chaise, qui ruina tout l'intérêt du match et pénalisa non seulement Goffin, mais aussi le public qui ne s'y trompa guère en le huant copieusement. On voudrait plutôt souligner les prouesses de l'équipe belge de Fed Cup, revenue victorieuse de Moscou après un match de barrage qui lui restitue l'accès au groupe mondial. Depuis son arrivée aux fonctions de capitaine, Dominique Monami mène ses troupes avec une maîtrise qui mérite tous les éloges.

   Privée des services secrets de Yanina Wickmayer et de Kirsten Flipkens (présentes au tour précédent contre les Roumaines) elle a pu compter sur Élise Mertens. Celle-ci, bien que devenue numéro un belge au début du mois, ne paraissait guère - sur papier du moins - offrir toutes les garanties souhaitables avant la rencontre. De fait, elle n'avait plus gagné un match depuis le tournoi de Dubai et avait même perdu au premier tour des qualifications de Miami contre... Alison Van Uytvanck.

   Fort heureusement pour nos couleurs, Elise a fait bien mieux que ce que l'on pouvait en attendre : elle a remporté ses deux simples, dont celui de dimanche contre Elena Vesnina  (WTA 15), ainsi que le double aux côtés d'An-Sophie Mestach. Comment ne se réjouirait-on pas sans réserve de ce retour au plus haut niveau qui restitue au tennis féminin belge une grande partie de la crédibilité que Justine Henin et Kim Clijsters lui avaient offert?

Michel Nestor, le 24 avril 2017


Blog

Grandiose…

   Vendredi, sur le court central de Monte Carlo, David Goffin a livré un match qui, dans sa carrière, restera une référence absolue. Il a battu Novak Djokovic, mais pas n'importe lequel : celui des grands jours, quand ce dernier se jouait de tout le monde, il n'y a pas si longtemps encore. Certes, d'aucuns que rien ne contente jamais souligneront que le Serbe fut lent à mettre la machine en marche. Surpris par une entrée en matière fulgurante de son adversaire, il perdit la première manche en trente petites minutes. Mais, par la suite, il durcit son jeu et commit de moins en moins de fautes. A l'entame du deuxième set, il dut néanmoins faire front à un joueur qui ne doutait plus de grand-chose, à telle enseigne même qu'il lui fallut sauver deux balles de break a 15/40 au troisième jeu. Comme stupéfait d'avoir manqué l'occasion de prendre ses distances, en même temps qu'une option sur la victoire, Goffin fut alors victime d'une cassure de service. Il perdit blanc son engagement, en faisant au passage une double-faute. Il n'en fallut pas davantage pour remettre en selle l'ancien numéro un mondial, qui aligna pas moins de onze points à zéro. On doit bien reconnaître qu’à ce moment il devenait difficile de croire encore en ses chances; mais, en luttant avec une opiniâtreté remarquable dans le huitième jeu pour conserver son service afin de pouvoir livrer le premier dans la manche décisive, il sauva sans aucun doute la mise.

   Malheureusement pour lui, les affaires prirent un mauvais tour: David perdit immédiatement cet avantage théorique qui devait lui permettre de faire la course en tête. Une grosse faute de coup droit lui fit perdre ce jeu normalement précieux entre tous. Mené 2/0, il n'y eut sans plus que lui pour croire en son étoile, d'autant plus qu'il se trouva en grande difficulté quand il lui appartint de servir à nouveau : distance a 15/40, n'ayant plus rien à perdre, il fit le nécessaire pour se mettre sur une voie royale. Il prétendit alors rivaliser avec Djokovic pour s’assurer la conduite des opérations. Une attaque magistrale lui permit de revenir à égalité dans le jeu et de reprendre totalement confiance en ses moyens. Et à partir de ce moment, on eut droit à une heure de tennis d’anthologie.

   Dans le cours des événements, le sixième jeu revêtit une importance exceptionnelle. A 30 partout, David construisit une attaque avec le plus grand soin; mais, grâce à une anticipation parfaite, son rival réussit un improbable passing shot de coup droit long de ligne qui lui arracha un cri de bonheur auquel se mêlait la rage de vaincre. Notre compatriote ne se laissa pas décontenancer pour autant. Il répondit du tac au tac par un retour gagnant. Puis, dans ce jeu de 14 minutes, il ne se ménagea pas moins de cinq avantages, plusieurs échanges dépassant la vingtaine de coups. Mais, l'écart, pour ainsi condamnatoire a 4/2, subsistait toujours. L'immense mérite du Liégeois fut alors de ne pas se laisser décourager par tant d'occasions manquées. Son attitude fut récompensée car au huitième jeu, il finit par forcer le break dont il avait besoin. Par la suite, le combat resta âpre, les points gagnants se succédant de part et d'autre tandis que les fautes non provoquées restaient aussi rares qu'au milieu de set. Le douzième jeu fit encore monter la tension d'un cran, d'autant plus que le Serbe fut retardé à 15/40. Se présentèrent ainsi deux balles de match laissant espérer un triomphe exceptionnel… Puis deux autres, encore perdues. Entre-temps, Goffin dut aussi neutraliser deux avantages au serveur. Un échange incroyable (27 coups), ponctué par une attaque imparable lui valut une cinquième balle de match qu'un dernier assaut trouvant la ligne de fond concrétisa enfin.

   Cette victoire fut saluée comme il se devait. On peut penser après cela qu’il ne se trouvera plus un seul joueur sur le circuit pour ne pas prendre très au sérieux David Goffin. Avec lui, un match n'est terminé qu'à la dernière balle et il n'est point de retard impossible à colmater. Au deuxième tour, Almagro mena 4/0 au premier set qu'il céda sur la marque de 7/5. Au troisième tour, Thiem mena lui aussi dans la manche initiale (4/2) avant de la céder 7/6. Et on sait ce qui est arrivé à Djokovic en quart de finale… A bon entendeur

Michel Nestor, le 22 avril 2017


Blog

La fin du Challenger de Mons

   On sait depuis peu que les efforts entrepris, voilà plus d'un mois, pour sauver le Challenger de Mons n'ont pas abouti. L'opération financière, basée sur la générosité du public, peut être considérée comme une réussite sans précédent, mais elle n'aura pas permis de maintenir à flots le tournoi le plus important organisé sur le territoire dépendant de l'AFT. Comment ne pas se sentir désolé par cette situation profondément regrettable qui pénalise le tennis belge alors que, depuis longtemps, il fait l'admiration dans tous les pays où cette discipline sportive est bien en cour?

   En vérité, le tournoi de Mons représentait une pierre importante de l'édifice fédéral. Il permettait aux jeunes joueurs, occupés à se faire les dents dans les Futures, de s'essayer à un niveau supérieur grâce à des invitations parcimonieusement distribuées selon les règlements de l'ATP. Plusieurs joueurs en ont profité pour grappiller des points,; d'autres, comme Olivier Rochus, Xavier Malisse, Steve Darcis et David Goffin en ont tiré parti pour améliorer sensiblement leur position dans la hiérarchie mondiale. L'échelon intermédiaire avec le circuit principal, au sein duquel le tournoi d'Anvers venait à peine de retrouver sa place, manquera dorénavant, mille fois hélas, alors que l'on pouvait se féliciter de disposer enfin d'une structure pyramidale indispensable à nos élites.

   Ce constat désastreux, qui chagrine aussi les arbitres, incite à formuler des critiques sévères auxquelles les pouvoirs publics serviront de cibles, malgré eux. Certes, il n'y a pas de raison que ceux-ci soient plus attentifs à une politique sportive digne de ce nom qu'à une politique culturelle sérieuse tandis que gronde un mécontentent profond dans d'autres secteurs aussi importants que ceux de l'enseignement ou de la santé. En réalité, on ne songerait guère à s'en prendre aux responsables gouvernementaux s'ils n'étaient aussi bien organisés pour distribuer des sommes invraisemblables à des administrateurs en pantoufles chargés de gérer des intercommunales. Cet argent si généreusement distribué aurait pu servir à organiser non pas seulement le tournoi de Mons, mais à  en créer d'autres à Namur, à Liege et (pourquoi pas ?) à Bruxelles...

Michel Nestor, le 20 avril 2017

 

 

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