Editorial

Le « Big Four » a changé

Plus de doute possible ! Stanislas Wawrinka est entré dans le cercle fermé de ce que l’on a appelé le « Big Four ». Dans ce quatuor qui, ces dernières années, a raflé toutes les mises (à l’exception d’un US Open remporté par del Potro), il a remplacé Andy Murray, diminué, il est vrai, par l’opération qu’il a subie à l’automne dernier et par la défection de son coach Ivan Lendl. D’aucuns insinuaient au lendemain de sa victoire surprenante à l’Open d’Australie que la troisième place du Suisse dans la hiérarchie mondiale était quelque peu usurpée. On doit reconnaître que ses résultats à Indian Wells et Miami (défaites contre Anderson et Dolgopolov) ainsi qu’un échec cuisant en coupe Davis des œuvres de Golubev avaient apporté de l’eau au moulin de ses détracteurs.

Wawrinka a profité du Master 1000 de Monte-Carlo pour mettre les pendules à l’heure. En gagnant le tournoi, il a marqué son territoire qu’il a spectaculairement agrandi depuis le début de l’année. A 29 ans (un âge auquel bien des joueurs remisent leurs raquettes au grenier), il a fait « exploser toutes les barrières », selon l’expression qu’il a utilisée sur le court alors qu’il venait de battre Roger Federer. De fait, il a pris une dimension nouvelle, grâce à laquelle il compte dès à présent au nombre des favoris de Roland-Garros – même s’il estime que Nadal et Djokovic conservent une marge de sécurité par rapport à lui sur une surface qu’il affectionne pourtant. Et, dans ce contexte, avoir pris le dessus sur son compatriote, qu’il tient pour le meilleur joueur de tous les temps, représente un superbe adjuvant sur le plan moral : Federer l’avait battu jusqu’à ce jour treize fois sur quatorze ! Un peu à la peine assurément, ce dernier aurait pu ajouter un titre supplémentaire à sa collection s’il n’avait commis une seule faute (non forcée) dans le tie-break de la deuxième manche, après avoir gagné la première.

D’une certaine manière, on peut dire qu’en retournant le match à son avantage, Wawrinka a « tué le père ». Ce parricide commis, il n’en deviendra que plus redoutable. Mais on s’en voudrait de ne pas verser une larme, malgré tout, sur le sort de la victime parce qu’il a remis à l’honneur les vertus d’une stratégie offensive qui le porta aussi souvent que possible à la volée, tout au long de la semaine. La maîtrise qu’il y afficha lui offre, à l’approche de Wimbledon, des perspectives radieuses. Fasse le ciel que David Goffin s’en inspire ! S’il avait fait preuve du même esprit d’entreprise et avait suivi au filet ses meilleures attaques, il aurait assurément malmené Robredo qui lui fit prendre la porte du Country Club…

Michel Nestor, le 22 avril 2014