Editorial

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Un grand pas !

Au soir de sa demi-finale victorieuse de David Goffin à Bâle, contre le jeune prodige croate Borna Coric (17 ans), Thierry Van Cleemput a usé d’une formule imagée pour expliquer que son protégé était arrivé au bout du rouleau, cette année : « Il est complètement cuit », expliquait-il à un journaliste de « L’Equipe ». « Il n’a plus d’influx. Ma priorité, c’est de trouver une pompe à vélo pour le regonfler pour la finale ». Il n’en a pas eu le loisir : David s’est fait balayer par Federer, au cours d’un match où il ne fut même pas en mesure de tenir un rôle de figurant. Le Suisse avait curieusement choisi la relance, après avoir gagné le toss. Il fut bien inspiré : il hérita d’une double-faute sur le premier point et d’un break dès le premier jeu… Bref, la messe était dite, d’autant plus que notre compatriote se trouva (comme la veille d’ailleurs) en délicatesse avec sa mise en jeu tandis que son adversaire se montrait impitoyable dans le même exercice au cours duquel il ne perdit qu’un point dans le premier set et quatre dans le second !

Goffin aurait tort cependant de ne conserver que le souvenir de cette déroute à Bâle. Tout au contraire, il devrait considérer qu’en complétant son œuvre du second semestre, comme il l’a fait (43 victoires sur 46 matches), il a passé un cap. Le voici à ce jour 22ème dans la hiérarchie mondiale et capable de croiser dans les eaux accessibles seulement à l’élite des navigateurs au long cours qu’aucun grain n’inquiète encore. De ce point de vue, on retiendra surtout sa prestation en demi-finale, plus encore que celle qui lui valut de se défaire de Milos Raonic (ATP 9 !) au tour précédent. Certes, vaincre le Canadien, qui était toujours en lice pour une qualification au Masters, constitue sa plus belle performance jusqu’à présent ; mais se tirer d’affaire de son match filandreux contre Coric l’équivaut, pour ainsi dire. Alors que tout semblait indiquer dans ce match qu’après le gain difficile du premier set, le Liégeois se dirigerait vers une qualification aisée (il disposa de quatre balles de break à l’entame de la deuxième manche), il consentit une cassure de service dans le jeu suivant et se vit bientôt soumis à l’obligation de disputer un troisième set dont on put craindre qu’il tourne mal en raison d’une faiblesse déconcertante en première balle. Après avoir bégayé son tennis, il parvint néanmoins à se ressaisir. Certes, un joueur plus expérimenté que le Croate de l’autre côté du filet aurait sans doute profité d’une perte de régime peu prévisible, mais il n’en demeure pas moins que la volonté inébranlable, affichée par Goffin, de vaincre dans l’adversité le servira souvent encore à l’avenir. Et cela, c’est un grand pas dans sa carrière.

Michel Nestor, le 28 octobre 2014